Betty Boop
Une éthique, que l'on entende là celle qui anime l'analyste ou celle qu'un ensemble d'analystes préconise pour que vivre ensemble reste possible, ne peut se fonder uniquement sur l'ordre sexuel, le désir et le primat du phallus.
Une moitié des névrosés, et principalement les femmes, se trouve exclue d'une telle éthique, de par leur particularité de n'être pas toutes dans l'ordre du phallus. Un principe aussi excluant ne peut mériter le nom d'éthique.
Une éthique doit se fonder d'une part sur le primat du phallus, mais avec une souplesse suffisante et nécessaire pour qu'y circule, parfois au risque d'un vacillement de l'ordre sexuel, de grandes quantités d'énergie, sans vouloir d'emblée les canaliser. Le primat du phallus permet cette canalisation, le féminin décanalise. Une éthique doit prévoir un va-et-vient de l'une à l'autre de ces deux postures.
La fustigation par nombre de psychanalystes du mode d'être dans notre
société actuelle, dans laquelle la fonction paternelle serait mise à
mal, entraînant des modes de jouissance répréhensibles au regard du
vivre ensemble, tels que repérés par exemple par Melman dans L'homme
sans gravité, vient malencontreusement empêcher la prise en
considération de la posture féminine, trop souvent et trop vite
assimilée elle-même à cette jouissance de l'imposture, telle que
proposée par la société de consommation. L'imposture facile, par
laquelle un sujet consommateur se trouve dépossédé de lui-même alors
même qu'on lui fait croire qu'il se possède, vient se confondre avec
ce qui, dans le féminin, serait à entendre comme dé-posture, ou comme
a-posture, ou encore comme multi-postural. Le décentrement
constitutif du féminin est pourtant à l'opposé du consommateur absent
à lui-même en tant que sujet. Cette confusion n'est pas propice à une
prise en compte des spécificités du féminin. Pourtant, une éthique
qui se défendrait du féminin au nom de la promesse mensongère de la
société de consommation n'est pas acceptable.